La richesse des nations - Adam Smith
Publié le dimanche 04 septembre 2022, 12:42 - modifié le 13/11/25 - Économie politique - Lien permanent
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Achevé d'imprimer en 1776.
Ce livre me renvoie à mes études d'économies au tout début des années 1980 quand j'étudiais à la faculté d'économie de l'université Paris-Nord 13 à Villetaneuse. À l'époque je n'en lisais que des extraits dans un but purement scolaire. Aujourd'hui, je vais relire les 5 tomes pour enfin comprendre, dans le texte traduit, les mythes fondateurs de ce qui est devenu la théorie classique de l'économie politique. De cette lecture, j'espère pouvoir tirer une connaissance de ce qui sous-tend le libéralisme et tous ses avatars les plus destructeurs pour mettre à jour les divergences flagrantes qui existent entre la théorie classique et la société capitaliste mondialisée qui en a résultée.
A. Smith s'inscrit dans la pensée philosophique des Lumières, Lumières qui ne se sont pas seulement allumées en France ! Les grandes avancées de l'esprit sont le plus souvent, et bien malhonnêtement, attribuées à un seul homme, un seul pays, une seule famille de pensées, alors qu'elles arrivent la plupart du temps simultanément sur différents continents et dans une chronologie souvent très proche.
C'est l'édition de GF Flammarion que je vais essayé de vous "résumer" au mieux de mes capacités subjectives. Cette édition a été traduite par Germain Garnier, revue par Adolphe Blanqui. Daniel Diatkine en a réalisé une présentation de 51 pages, une chronologie, des notes et un index.
La présentation de Daniel Diatkine
Smith et ses prédécesseurs
Smith classifie ses prédécesseurs en deux grands groupes. D'un côté les mercantilistes, partisans du système mercantile, et de l'autre les physiocrates, partisans du système agricole. Les physiocrates sont organisés en France sous forme d'école dirigée par François Quesnay. Ils sont actifs dans la seconde moitié du 18ème siècle. Les physiocrates décrivent un tableau sous la forme d'un circuit de l'ensemble de l'activité économique. Ce circuit s'établit entre trois classes : la classe productive, la classe stérile et la classe des propriétaires. Ce circuit décrit les flux de richesses, richesses qui ne sont produitent que par la classe productive. Ses richesses sont celles qui sont extraites de la nature par les paysans, les mineurs, etc. La classe stérile est l'ensemble des industries qui ne font que transformer les produits extraits de la terre sans y ajouter aucune valeur ajoutée. La classes des propriétaires est celle des souverains et autres seigneurs féodaux qui possèdent les terres, les mines, les fleuves, toutes les ressources naturelles.
- Le circuit décrit par les physiocrates est le suivant :
- En début de cycle, par exemple en début d'année, la classe productive fait la plupart des avances nécessaires à la production d'un produit brut qui lui est donc supérieure. La différence entre le produit brut et les avances est le produit net. C'est donc le seul revenu disponible. Ce revenu échoit entièrement dans les poches de la classes des propriétaires. Le système économique, dans son ensemble, ne peut tenir que s'il permet la reproduction des avances et du produit net.
L'équilibre du système économique doit être assuré par le souverain, qui fait parti de la classe des propriétaires, ne l'oublions pas. Le souverain devra imposer des règles politiques et sociales qui permettent à ce système de se reproduire. Ces principes politiques concernent essentiellement l'impôt qui ne pourra être prélevés que sur le produit net.
Introduction et plan de l'ouvrage
Dans cette introduction de quatre pages, A. Smith nous donne à réfléchir sur quelques mots et concepts importants : Travail annuel d'une nation, consommation annuelle, choses nécessaires à la vie, besoin, nations sauvages, etc.
Dans le deuxième paragraphe, A. Smith aborde le travail de la nation à la fois sous l'angle qualitatif, les notions mises en avant sont l'habileté, la dextérité et l'intelligence, et, sous l'angle quantitatif, en rapportant le travail de ceux qui sont utiles à ceux qui ne le sont pas.
Dans le troisème paragraphe, A. Smith oppose les nations civilisées aux nations sauvages dans lesquelles les trop jeunes, trop vieux et trop infirmes peuvent être physiquement éliminés par la famille, le clan, la tribu pour peu qu'il n'y ait pas assez de nourriture. Il oppose cette situation à celle existant dans nos contrées où mêmes les plus nécessiteux disposent d'un accès aux choses qui les mettent à l'abri de tels agissements ! Nous voyions bien là un aveuglement encore très présent qui peut se résumer ainsi : le pauvre est responsable de sa pauvreté, le malade de sa maladie, le chômeur de sa situation de sans emploi, etc.
Extrait de la page 66 :
[...]l'ouvrier, même de la classe la plus basse et la plus pauvre, s'il est sobre et laborieux, peut jouir, en choses propres aux besoins et aux aisances de la vie, d'une part bien plus grande que celle qu'aucun sauvage pourrait jamais se procurer.[...]
Ainsi, autant avant que maintenant, les contempteurs de notre système économique veulent nous faire croire qu'il y a toujours assez de travail utile et productif pour s'occuper, que cette occupation permet d'assouvir tous nos besoins, et que la société, du fait même de ses prodigalités, s'occupent de ceux qui ne travaillent pas, parce que trop jeune, trop vieux ou trop infirme !
Ensuite, A. Smith nous présente le contenu des cinq livres qui constituent ensemble ce que nous appelons, La richesse des nations. Les quatre premiers livres traitent du Revenu de la masse du peuple qui, dans les différents âges, ont fourni à leur consommation annuelle. Le cinquième livre traite du revenu du Souverain ou de la République. Dans le premier livre A. Smith s'intéressera au pouvoir productif du travail et à la façon dont le produit se distribue parmi les différentes classes de personnes. Le deuxième livre s'intéressera à la nature du Capital et de la manière dont il s'accumule régulièrement, aux différentes quantités de travail qu'il met en activité, selon les différentes manières qu'il est employé. Le troisième livre exposera les circonstances qui semblent avoir favorisées l'industrie des villes en Europe au détriment de l'industrie des campagnes. Il faudra remonter à la chute de l'empire romain pour en prendre conscience. Dans le quatrième livre, A. Smith revient plus en détail sur les différentes théories, en différents siècles et chez différents peuples, certaines exagérant l'importance de l'industrie qui s'exerce dans les villes là ou d'autres exagérent l'importance de l'industrie dans les campagnes.
LIVRE PREMIER - DES CAUSES QUI ONT PERFECTIONNÉ LES FACULTÉS PRODUCTIVES DU TRAVAIL, ET DE L'ORDRE SUIVANT LEQUEL SES PRODUITS SE DISTRIBUENT NATURELLEMENT DANS LES DIFFÉRENTES CLASSES DU PEUPLE
Ce titre en dit déjà assez long. La pensée économique libérale cherche à toujours naturaliser ses modes de fonctionnement. Et, dans le même temps, il est assez cocace de constater que la notion de classes n'est pas exclusive de la seule pensée marxiste !
Chapitre premier - DE LA DIVISION DU TRAVAIL
Ce chapitre s'ouvre par un postulat. La division du travail est la cause première de la "puissance productive du travail" par laquelle s'épanouit l'habileté, l'adresse et l'intelligence avec lesquelles les ouvriers et les ouvrières s'acquittent de leur tâche. Dans ce chapitre, A. Smith observe la division du travail dans une manufacture de fabrication d'épingles. Il y constate la présence , de ce qu'il appelle un grand nombre de branches qui représentent autant de métiers différents. Il y a ainsi l'ouvrie.è.r.e qui tire le file à la bobine, celui qui le dresse, celui qui coupe la dressée, un quatrième qui empointe, un cinquième qui qui émoud le bout qui doit recevoir la tête. La tête, quant à elle, fait l'objet de deux ou trois opérations séparées. A. Smith constate qu'il faut dix-huit opérations différentes pour confectionner une épingle, opérations prises en charge par autant d'ouvriers distincts. Son constat est donc le suivant. Là où un ouvrier seul ne pourrait sans doute pas faire plus d'une seule épingle par jour, la division du travail, mise en place dans cette industrie permet, même dans une petite manufacture de dix ouvriers où chaque ouvrier prendrait en charge l'exécution de deux ou trois opérations, de réaliser la bagatelle de quatre milles épingles de taille moyenne soit quarante milles épingles par jour. La première conclusion pour A. Smith est donc la suivante :
C'est la division du travail (avantage concurrentiel, note personnelle) qui paraît avoir donné naissance à la séparation des divers emplois et métiers.
La division du travail transposée au niveau des nations permet de faire le tri entre les sociétés les plus développées et "les sociétés encore un peu grossière". La division du travail permet également de discriminer le travail effectué dans les manufactures et celui effectué dans les campagnes. Le travail dans les manufactures des villes nécessite une plus grande division du travail et donc un plus grand nombre de métiers et d'ouvriers. Selon A. Smith, la puissance productive du travail dans l'agricultre est freiné par une moindre division du travail qui ne permet pas de créer autant de branches que dans les manufactures. A. Smith en déduit que l'écart entre les "peuple les plus opulents" se fait surtout sentir au niveau des manufactures du fait même que la division du travail impacte peu le travail dans l'agriculture.
Qu'elles sont les trois circonstances différentes qui expliquent que la division du travail augmente la quantité de travail qu'un même nombre de bras est en capacité de fournir ?
Premièrement, un accroissement d'habilité chez chaque ouvrier individuellement, en faisant de chaque opération la seule opération de sa vie (note de l'auteur), deuxièmement une épargne du temps qui se perd ordinairement quand on passe d'une espèce d'ouvrage à un autre, troisièmement, l'invention d'un grand nombre de machines qui facilitent et abrègent le travail.
Pour A. Smith le résultat de cette division du travail génére une multiplication des produits et donne finalement lieu à une opulence générale qui se répand jusque dans les dernières classes du peuple.
Cependant, entre le mobilier d'un prince d'Europe et celui d'un paysan laborieux et rangé, il n'y a peut-être pas autant de différence qu'entre les meubles de ce dernier et ceux de tel roi d'Afrique qui règne sur dix mille sauvages nus, et qui dispose en maître absolu de leur liberté et de leur vie.
Dans ce premier chapitre, A. Smith pose les bases d'une économie politique affirmant, plus que démontrant, la supériorité des nations "riches" sur les nations sauvages ne leur reconnaissant, comme seules activités, que la chasse et la pêche. Je qualifie les nations industrielles de nations "riches" car il ne leurs accorde aucun autre qualificatif pour les distinguer rapidement des autres nations, qu'il qualifie sans état d'âme de sauvages. Il passe ainsi sous silence les autres activités des peuples premiers que sont les arts, la musique, la danse, la spiritualité, la politique, l'économie, et qui représentent, dans leurs pratiques, l'émergence d'une science de la nature. Cette supériorité est, pour A. Smith, la conséquence de la division du travail. Il minimise ainsi des pans entiers de la société mercantile de l'époque qui tire sa richesse des matières premières volées aux pays colonisés.
